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Le Value Based Procurement, moteur de l’achat à valeur ajoutée

Le Resah soutient l’essor du Value Based Procurement, nouvelle méthode d’achat intégrant l’ensemble des coûts et des impacts de manière pluridimensionnelle (patients, personnels, système de santé…). Il a organisé une conférence sur le sujet lors des journées de l’achat hospitalier de Montrouge et a également promu cette démarche à l’occasion de congrès internationaux.

Aujourd’hui, « 71% des appels d’offres européens sont attribués en fonction du critère prix, mais ils ne détectent pas forcément l’offre économiquement la plus avantageuse », a constaté Yves Verboven, directeur accès au marché & politiques économiques de MedTech Europe, intervenant aux derniers JAH de Montrouge. Or, cette approche restreint la concurrence et réduit l’accès à l’innovation. De surcroît, « elle ignore ce qui est pertinent pour les patients et le personnel de santé», a souligné Yves Verboven. C’est pourquoi une nouvelle méthode d’achat, le Value Based Procurement, commence à se diffuser. Elle consiste à délaisser l’approche centrée sur le critère prix pour prendre en compte tous les impacts de l’achat, évidemment les effets sur la santé du patient, mais aussi les conditions de travail des personnels des établissements, et plus largement les impacts sur l’éco-système et la société en général. Le but est d’atteindre le meilleur rapport qualité/prix pour toutes les parties.

« Du côté des acheteurs, il y a une tendance mondiale à repenser ses pratiques d’achats », a observé Pierre Lebon. Le directeur conseil innovation international du Resah a cité l’exemple de l’Association for Health Care Resource & Materials Management (AHRMM), importante association américaine, qui promeut le recours à la démarche CQO (cost/quality/outcomes). Il a aussi rappelé que le programme Phare encourageait l’achat en coût complet et les marchés globaux de performance. En Europe, de nombreux projets ont adopté l’approche par la valeur : amélioration de la récupération des fractures de la hanche au Pays de Galles, équipements de radiologie en Irlande, d’hémodialyse aux Pays-Bas ou le traitement des cancers du rein au Danemark.

Afin d’aider les directions achats à modifier leurs pratiques traditionnelles, Pierre Lebon a présenté un outil, mis à disposition par MedTech Europe. Elaboré sous la forme d’un tableur, il recense plus de 35 critères permettant de réfléchir à l’ensemble des coûts et bénéfices d’un service ou d’un produit : confort du patient, conséquences sur l’observance du traitement, réduction des coûts de traitement sur le long terme, temps de formation des agents hospitaliers, facilité d’utilisation, et de manipulation, stockage, impact environnemental… Si la méthode, consommatrice de temps, « doit être privilégiée pour les achats « leviers » et « stratégiques » de la matrice de Kraljic, le Value Based Procurement peut être utilisé sur les autres achats en choisissant certains critères pertinents », a insisté Pierre Lebon.

Lors du dernier congrès hospitalier international (IHF) qui se tenait du 6 au 9 novembre à Muscat (sultanat d’Oman), François Capitain, chargé de mission au Resah, a présenté les résultats de son étude sur l’acquisition de gants chirurgicaux avec cette nouvelle approche par la valeur. Il a ainsi démontré que les équipements en latex, achetés en moyenne moitié prix que les synthétiques et utilisés par 80% des établissements de santé, coûtent en réalité bien plus cher, lorsqu’on intègre les impacts de leur utilisation, avec les risques d’allergie associés. En effet, le latex provoque des réactions aussi bien chez les patients (1 à 6% de la population), en particulier chez les enfants, que parmi les équipes soignantes (de 8 à 17% du personnel). L’étude a donc objectivé les conséquences de l’achat de latex, en intégrant ses impacts négatifs : gestion et coût d’un choc anaphylactique au bloc opératoire, reprogrammation des opérations, modification des durées de séjour, conséquences des arrêts maladie des agents hospitaliers (recours à l’intérim, redéploiement des effectifs). Pour François Capitaine, l’achat par la valeur a une autre vertu puisqu’il pousse les industriels à évoluer et à modifier leur offre.

Enfin, le Resah a participé en décembre dernier à Bruxelles à la première conférence européenne dédiée au value based procurement, organisée par l'association EHPPA dont le Resah est membre fondateur. Devant plus de 250 participants, François Capitain a expliqué que l’achat par la valeur devait accompagner le décloisonnement de l’hôpital en plaçant les résultats concrets pour le patient au centre d’une démarche impliquant patients, utilisateurs, prescripteurs acheteurs et fournisseurs. Pour en savoir plus sur la conférence, rendez-vous sur le site d'EHPPA.

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